Canada/Toronto songe à ouvrir ses épiceries pour contrer les grandes chaînes

Publié le 17/03/2026 | La rédaction

Canada

Alors qu'un Torontois sur dix s'en remet désormais aux banques alimentaires, la Ville songe à prendre les grands moyens : ouvrir ses propres épiceries à but non lucratif pour offrir des prix inférieurs à ceux des grandes chaînes.

C'est la motion que défendera le conseiller du quartier Humber River-Black Creek, Anthony Perruzza, devant le conseil municipal la semaine prochaine.

Dans celle-ci, M. Perruzza propose l’ouverture d’une épicerie dans quatre secteurs de Toronto, soit Etobicoke-York, North York, Toronto-East York et Scarborough.

À l’instar d’initiatives mises en place par d’autres villes, telles que New York, le projet pilote de Toronto viserait à rendre l’épicerie plus accessible et plus abordable aux citoyens vivant dans des déserts alimentaires ou ayant de faibles revenus.

Partout où je vais, les gens se plaignent du coût de la vie et de l’épicerie, souligne le conseiller municipal. Pendant ce temps, les grandes chaînes se font énormément d’argent en profit, s’indigne-t-il.

Les banques alimentaires grandement sollicitées

Aux dires de M. Perruzza, le projet pilote est aussi une manière d’être proactif face à l’insécurité alimentaire à Toronto.

Entre mars 2024 et avril 2025, le nombre de visites a explosé dans les banques alimentaires de la Ville Reine, se chiffrant à 4,1 millions de visites, selon un rapport publié en octobre dernier par Daily Bread Food Bank.

C’est en moyenne un Torontois sur 10 qui fréquente de manière régulière ce service, indique Daily Bread Food Bank.

Or, si le nombre d’utilisateurs commençait enfin à se stabiliser à la fin de 2025, le nombre de visites par usager, lui, a augmenté de manière considérable.

Pas simple d’ouvrir une épicerie

Malgré la bonne volonté du conseiller municipal, des acteurs sur le terrain ne sont pas convaincus de la faisabilité du projet.

Nous ne sommes pas convaincus que la Ville puisse vendre des produits ou des aliments à des prix inférieurs à ceux du marché, soutient la vice-présidente de Daily Bread Food Bank, Sahar Raza, qui salue toutefois l'initiative du conseiller Perruzza ajoute-t-elle. ous saluons l’initiative de M. Perruzza,

Selon Mme Raza, la motion du conseiller omet de présenter des démarches importantes liées à la logistique, la chaine d’approvisionnement et les infrastructures nécessaires à l’ouverture d’un magasin alimentaire. Des coûts qui peuvent rapidement grimper.

C’est également un argument avancé par Michael Widener, professeur au département de géographie et d’aménagement à l’Université de Toronto.

Il explique que l’enjeu lié à l’insécurité alimentaire à Toronto concerne davantage l’accessibilité financière que la proximité géographique avec une épicerie. Il croit, néanmoins, qu’il s’agisse d’une conversation qui est nécessaire, car l’insécurité alimentaire touche beaucoup de gens à Toronto.

Et même si la Ville arrivait à abaisser le prix des produits et des aliments dans ces épiceries, la différence ne serait pas assez significative, croit Mme Raza.

On parle au plus d’une différence d’environ 12 $ par mois par ménage, indique-t-elle.

Elle préférait que la Ville investisse dans les programmes et les organismes existants ayant déjà l’expertise dans le domaine.

D’autres experts ont, au contraire, un peu plus foi en ce projet.

C’est une idée réaliste au sens où ce n’est pas du tout difficile de mettre en place ce genre de proposition là, mais ça ne veut pas dire qu’il y aura des défis face à un projet comme celui-là, vient nuancer le professeur en innovation sociale à l’Université d’Ottawa, Simon Tremblay-Pepin.

Les bénéfices ne sont pas que monétaires, ajoute-t-il.

Ça donne accès à de la nourriture pas chère dans les quartiers qui en ont besoin sans porter le stigma des banques alimentaires.

Une citation de Simon Tremblay-Pepin, professeur en innovation sociale, Université d’Ottawa

Presque comme un OBNL

Or, advenant que le projet soit adopté au conseil de ville, le conseiller municipal veut pousser pour l’implémentation d’un modèle d’affaire similaire à celui d’un organisme à but non lucratif (OBNL).

Le but [du projet pilote] n’est pas de tirer profit, souligne le conseiller municipal.

Afin de rendre le projet viable, il projette d’exonérer ces épiceries de la taxe foncière et d’autres frais pour réduire les coûts de fonctionnement et ainsi offrir des prix plus abordables à la population.

Je pense que nous pouvons offrir des produits alimentaires à un prix bien plus avantageux comparativement à celui des supermarchés privés.

Une citation de Anthony Perruzza, conseiller municipal, Ville de Toronto

Le conseiller municipal évoque également la possibilité que ces épiceries soient administrées par le conseil de Ville, qui agira comme un conseil d’administration, mais que rien ne soit encore certain à ce point-ci.

La motion de M. Perruzza devrait être étudiée par le conseil municipal lors de la rencontre débutant le 25 mars.

Source:    ici.radio-canada.ca/ 


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