Canada/Projet de conduite d’hydrogène : Gatineau étudie ses options

Publié le 15/05/2026 | La rédaction

Canada

Huit mois plus tard, la Ville de Gatineau attend toujours que Québec donne suite à sa demande d’assujettir le projet de conduite d’hydrogène prévu dans le secteur de Buckingham au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Élus et citoyens commencent à s’impatienter. Ils étudient même des solutions de rechange dans ce dossier.

Le conseiller Edmond Leclerc déposera notamment un projet de résolution visant l’encadrement des conduites de gaz à haute pression en milieu résidentiel lors de la prochaine séance du conseil municipal en juin. Il en a fait l’annonce mardi soir, étant appuyé dans sa démarche par la mairesse Maude Marquis-Bissonnette.

Cette dernière affirme que des suivis très serrés avec le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) ont été faits à plusieurs reprises depuis septembre dernier par Gatineau. Les membres du conseil municipal avaient voté unanimement à l’époque pour qu’un BAPE soit imposé en raison de craintes de citoyens pour leur sécurité face au projet d’Enbridge Gaz Québec.

Malheureusement, on n’obtient pas tout à fait les réponses qu’on souhaiterait, confirme Mme Marquis-Bissonnette.

Québec a changé de ministre de l’Environnement à quelques reprises depuis la demande initiale de Gatineau, passant de Bernard Drainville à Benoit Charette, puis Pascale Déry.

Dans une réponse écrite envoyée à Radio-Canada à la fin de l’été dernier, le MELCCFP avait fait savoir qu’aucun BAPE n’était possible puisque le dossier en question n’est pas assujetti à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement (PÉEIE).

Devant le fait que le projet continue d’avancer, une des possibilités, c’est que nous, la Ville, on se penche sur comment est-ce que, dans notre réglementation, on est capable d’encadrer les hydrogénoducs? On n’est pas contre les hydrogénoducs. Mais encore faut-il s’assurer de la sécurité d’un projet comme celui-ci, note la mairesse.

Embridge Gaz Québec se dit heureuse de constater que les retombées environnementales, économiques et innovantes de son projet d’hydrogène sont reconnues, dans une déclaration écrite mercredi, et accueille avec surprise l’initiative de résolution déposée par le conseiller Edmond Leclerc et soutenue par la mairesse de Gatineau. L'entreprise indique qu'elle pourra commenter davantage après avoir pris connaissance de la résolution.

Suivre le principe de précaution

Selon Maude Marquis-Bissonnette, c’est une bonne idée de suivre le principe de précaution dans ce dossier. Elle rappelle que Gatineau se retrouve en territoire inconnu pour une municipalité québécoise.

Enbridge Gaz souhaite la construction et l’exploitation de la première conduite 100 % hydrogène en Outaouais sur une distance maximale de 22 km, peut-on lire dans une présentation publiée sur le site de la Régie de l’énergie du Québec.

L’hydrogène gazeux serait appelé à circuler de l’usine ERCO Mondial située dans le secteur de Buckingham jusqu’à deux emplacements localisés dans les environs de l’aéroport de Gatineau et du secteur de Masson-Angers.

Embridge Gaz Québec indique que la conception de la conduite n'est pas encore finalisée. Le projet reste aussi soumis à la revue des organismes règlementaires, notamment la Régie du bâtiment du Québec. Les travaux initiaux avec la RBQ sont d'ailleurs en cours.

L’Association des résidents et résidentes de Buckingham (ARB) a souvent dénoncé le tracé retenu.

Même si les incidents sont rares, les conséquences peuvent être majeures et très graves lorsque ces conduites passent près des maisons, des écoles, des garderies, des lieux patrimoniaux et des résidences pour personnes âgées, a rappelé une fois de plus sa porte-parole, Véronique Santos, mardi, devant les membres du conseil municipal.

Ses collègues et elle accueillent favorablement le dépôt de l’avis de proposition d’Edmond Leclerc, qui représente la population du district de Buckingham depuis 2021.

Il ne suffit pas de vérifier si le projet est conforme, mais il faut aussi évaluer si l’implantation du projet est compatible avec les réalités locales et les milieux de vie. Cette démarche s’inscrit pleinement dans le rôle de la Ville en matière de sécurité publique et dans les orientations du plan municipal de sécurité civile, dont le point de prévention, a soutenu Mme Santos.

La Ville de Gatineau pourrait être pionnière dans l’encadrement des conduites de gaz. Ce n’est pas rien, a-t-elle fait valoir.

Embridge affirme rester en contact avec l'Association des résidents de Buckingham et être en planification d’une prochaine rencontre, durant laquelle nos experts pourraient discuter avec les experts mandatés par l’ARB de la méthodologie et des résultats de l’analyse des risques.

Être exemplaire en la matière

De son côté, Edmond Leclerc a souligné que ça existe des cadres réglementaires pour les bâtiments, pour toutes sortes de constructions au niveau provincial.

Mais sur notre territoire, la responsabilité de la sécurité des citoyens et des biens, ça relève de nous, a-t-il dit. Je pense qu’il faut qu’on soit exemplaire en la matière, a plaidé l’élu indépendant.

La conseillère du district de Mitigomijokan et présidente de la Commission de l’environnement et de la lutte aux changements climatiques, Rachel Deslauriers, reconnaît que plusieurs nouvelles technologies sortent avec des possibilités intéressantes d’un point de vue de développement économique et même environnemental.

Par contre, c’est très important de saisir ces opportunités avec prudence en étant certain que nous protégeons la société civile et les biens, a noté Mme Deslauriers.

Embridge dit avoir toujours souhaité avancer, ensemble, avec la Ville, dans la transition énergétique avec le développement de projets locaux [...]dans un souci d'ouverture de transparence et de collaboration. 

Source:   ici.radio-canada.ca/ 


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